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La découverte de centaines de cadavres de civils ukrainiens dans les environs de Kiev suscite l’indignation. La justice internationale doit pouvoir être rendue dans des délais réalistes, sans que les coupables puissent couler des jours paisibles.

Publié hier à 11h00, mis à jour à 09h40   Temps deLecture 2 min.

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 Il y a parfois dans les guerres une bataille plus sanglante que les autres, un massacre plus cruel ou plus massif que les précédents qui provoque un électrochoc sur l’opinion publique. Il arrive que cet événement, par le poids symbolique de son horreur, constitue un tournant dans le conflit. La découverte, dimanche 3 avril, de centaines de cadavres de civils ukrainiens après le départ de l’armée russe de bourgades des environs de Kiev, dont celle de Boutcha, devrait être de ceux-là.

Depuis bientôt quarante jours, les images de civils terrés dans les caves, d’hôpitaux bombardés et de soldats tués au combat font partie du quotidien médiatique des Européens, témoins virtuels de la guerre que la Russie mène à l’Ukraine, sur leur propre continent. Celles qui sont apparues sur leurs écrans dimanche ont fait franchir à cette guerre un nouveau palier, celui de la barbarie : images de civils exécutés d’une balle dans la nuque, parfois les mains liées dans le dos, ou abattus sur leur bicyclette, images de corps calcinés après avoir été criblés de balles, images de fosses communes débordant de cadavres. Images de carnage et de dévastation.

Ce sont des images de crimes de guerre. Moscou, comme on pouvait s’y attendre, a démenti toute responsabilité de ses troupes dans ces exactions et affirmé qu’il s’agissait d’une « provocation » orchestrée par les autorités ukrainiennes à l’intention des médias occidentaux. La mauvaise foi du Kremlin dans ce conflit et son art consommé du mensonge laissent peu de place à la crédibilité de ce démenti, contredit par les témoignages recueillis par des journalistes sur place et par l’organisation Human Rights Watch.

L’indignation ne suffit plus

De nombreux dirigeants occidentaux, dont le président Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz, ont exprimé leur indignation dimanche – à l’exception du premier ministre hongrois Viktor Orban qui, largement réélu pour un quatrième mandat, a désigné le président ukrainien Volodymyr Zelensky comme l’un de ceux qui avaient tenté de faire obstacle à sa victoire. Mais l’indignation ne suffit plus.

Depuis le début de la guerre, le 24 février, la procureure générale d’Ukraine, Iryna Venediktova, travaille avec ses services au recueil de preuves en vue de la constitution de plaintes pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le procureur de la Cour pénale internationale, le Britannique Karim Khan, a ouvert une enquête dans ce sens et s’est déjà rendu en Ukraine.

Il est crucial que les Etats européens, en particulier, donnent à ces travaux d’investigation et de recueil de preuves des moyens accrus, notamment en personnel, afin que ceux qui prennent les décisions à Moscou et exécutent les ordres sachent à quoi ils s’exposent. La justice internationale doit pouvoir être rendue dans des délais réalistes, sans que les coupables puissent couler des jours paisibles. Si des mandats d’arrêt peuvent être lancés, ils doivent l’être sans tarder, y compris au plus haut niveau.

Sur un autre plan, l’Union européenne va examiner cette semaine, en réaction aux macabres découvertes de dimanche, un cinquième volet de sanctions. Elles porteront probablement sur les importations de charbon et de pétrole. Faudra-t-il attendre la découverte de nouveaux charniers à Marioupol pour passer à celles du gaz ?

Le massacre de Boutcha impose un tournant aux Européens : abandonner cette piteuse gradation de la riposte et contrer l’offensive meurtrière de Vladimir Poutine par une réelle contre-offensive de solidarité avec Kiev.

Le Monde